29 juin 2016

Lecture : Ma sélection pour un été 100% polars #1


Hello!
 
Aujourd'hui une nouvelle catégorie fait son apparition sur le blog : la catégorie Culture, avec une première sélection de polars rien que pour vous :)
Ma Sélection de Polars 

  Si vous me suivez sur Instagram vous savez que je suis presque autant addict aux romans policiers et thrillers qu'au make-up ! Oui oui, c'est possible... 
J'ai vraiment du mal à ressortir d'une librairie les mains vides (mais je me soigne...ou pas^^).
 
Pourtant cela ne fait pas si longtemps que ça que j'ai repris la lecture, ça doit faire seulement deux ans! Mais depuis je ne m'arrête plus :)
 J'en profite pour faire un petit clin d'œil à ma cousine Séverine (et aussi à Delphine hihi) qui m'a redonné le goût de la lecture grâce à toutes ses publications sur Facebook :)
 
Je me suis dit que ça pouvait être sympa de vous proposer une petite sélection de polars que j'ai adoré. Surtout avant l'été, qui est une période propice à la lecture :)
 
Je m'excuse d'avance pour celles (ou ceux) qui n'aiment pas ce style de lecture, mais je n'arrive pas à lire autre chose !
 
Pour ce tout premier article j'ai choisi 3 de mes auteurs français préférés : Jacques Expert, Karine Giebel, et Pierre Lemaître.
 
 Je précise que je n'ai pas choisi forcément mes préférés pour ces trois auteurs, mais j'ai privilégié ceux qui me paraissaient les plus accessibles (surtout si on n'est pas des accros du polar hihi).
 
 
 

Hortense, de Jacques EXPERT

 
 (Pour information : il vient de sortir il y a quelques semaines seulement, il n'existe pas encore en format poche)
Hortense - Jacques Expert
 

Jacques Expert

 
Jacques Expert est un journaliste français. Ancien grand reporter, il a été producteur et rédacteur en chef pour TF1, directeur des magazines de M6 et directeur adjoint de Paris-Première. Aujourd'hui il est directeur des programmes de RTL. Il est également l'auteur de la série "Histoires criminelles" sur France Info.
Il a écrit 8 romans, dont le fameux "Ce soir je vais tuer l'assassin de mon fils", qui avait été adapté dans un téléfilm sur TF1.
 
 

Hortense, la quatrième de couverture*:

*La quatrième de couverture, c'est le petit résumé au dos du livre :)
 

Déposition de M. Bernard Dupouy du 25 juin 2015. Extrait du procès-verbal.
Nous, Frédéric Soussin, lieutenant de police, officier de police judiciaire, en fonction à la Brigade criminelle de Paris 75001, constatons que se présente devant nous Bernard Dupouy, le 10 juillet 2016 à 14 h.
Je me nomme Bernard Dupouy. Je suis né le 28 mars 1930 à Lunéville (Moselle), commissaire de police à la retraite, habitant 186 rue Pasteur à Bordeaux (33200). J’ai été en charge pendant trois ans de l’enquête sur la disparition d’Hortense Delalande, née à Paris le 7 mai 1990 et enlevée au domicile de sa mère, 42 bis rue des Martyrs (75009 Paris) le mercredi 11 mars 1993. [...]
J’ai à l’époque recueilli le premier témoignage de Sophie Delalande à son domicile dans la nuit du 11 mars, quelques heures après l’enlèvement de sa fille. [...]
Mme Delalande était en état de choc, très éprouvée par la violence des événements survenus. Malgré son état, elle a refusé d’être conduite à l’hôpital tant que nous n’avions pas enregistré sa déposition et nous a rapporté un récit rationnel et précis des faits. Elle a désigné sans hésitation l’auteur des faits et nous a livré sans aucune confusion toutes les informations en sa possession à son sujet.
Elle était dans un état de grande faiblesse, présentait des plaies ouvertes au mollet et au pied, et apparemment d’un traumatisme à l’arrière du crâne nécessitant des soins rapides. Elle avait également besoin d’un soutien psychologique, mais s’est montrée parfaitement claire et catégorique.
Je me souviens qu’au moment d’être prise en charge par le Samu, elle a fondu en larmes. Elle m’a supplié de retrouver sa petite fille, elle ne cessait de répéter que cette enfant était sa seule raison de vivre. [...] Je lui ai assuré que ce ne serait qu’une question d’heures. Ma réponse a paru l’apaiser et elle s’est laissé emmener sans faire de difficultés. Je la revois très nettement sur le brancard qui descendait difficilement dans l’étroit escalier, serrant contre elle un ours en peluche brun clair. [...]
Il est vrai que l’affaire me paraissait alors facile à résoudre. Nous connaissions l’identité du coupable présumé, notre sentiment était que nous ne devions pas perdre plus de temps. Quelques heures s’étaient déjà écoulées depuis l’enlèvement, nous avons donc lancé immédiatement un avis de recherche à l’encontre du suspect. Nous étions face à l’habituelle urgence pour retrouver la trace du kidnappeur, tout le monde sait que les premières heures sont décisives pour la probabilité d’une issue positive dans ce genre d’affaires. [...] Nous avons procédé à une fouille minutieuse de l’appartement, sans découvrir d’éléments notables. La chambre de l’enfant était parfaitement rangée. Le lit était ouvert, les draps froissés, l’oreiller portait la marque de la tête de l’enfant qui y dormait quelques heures plus tôt, et nous y avons prélevé quelques cheveux blonds, de toute évidence ceux d’Hortense Delalande, dont Mme Delalande nous a donné de nombreuses photos. [...]
Une enquête de voisinage a été diligentée dans les heures qui ont suivi. [...] Tous les témoignages ont confirmé les déclarations de Sophie Delalande. Elle vivait seule avec sa fille, à qui elle portait un amour infini, voire exclusif, selon certains. [...]
Cette affaire est incroyable. Je n’arrive pas à réaliser ce que je viens d’apprendre. [...]
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1 
« SOPHIE »
Je n’aime pas les épais nuages noirs qui assombrissent Paris et qui déjà s’emparent de la colline de Montmartre. En quelques secondes à peine il fait presque nuit. Pourtant il est tôt, pas encore dix-neuf heures, et nous sommes passés à l’heure d’été dimanche dernier. Déjà, une lourde goutte de pluie se faufile sous le col de ma chemise de coton gris. Je devrais presser le pas pour échapper à l’orage qui menace. Mon petit logement, rue des Martyrs, où je vis depuis tant d’années, n’est plus très loin.
Comme chaque soir de la semaine, je suis sortie du métro à Anvers, et je descends à présent l’avenue Trudaine. Ensuite, je prendrai à gauche. Je m’arrêterai chez Tong pour acheter cinq nêms, mon dîner du soir, avec une des pommes granny dont je fais provision tous les samedis matin au Verger de Montmartre. J’arriverai à mon immeuble, au 42 bis. Je monterai jusqu’au troisième étage, en ignorant l’ascenseur. À mon âge, cinquante et un ans dans trois mois, je peux bien me contraindre à ce petit exercice. Et puis je déteste être enfermée dans le minuscule habitacle. Ils l’ont installé il y a quatre ans et je crois ne l’avoir utilisé qu’à deux ou trois reprises. J’ai toujours peur d’y rester bloquée.
Ma soirée sera semblable à celle d’hier, semblable à celle de demain. Je ne veux rien d’autre que cette monotonie quotidienne. Elle me convient. Les week-ends par contre sont douloureux. Ils s’éternisent, interminables, aussi je me force à marcher jusqu’à la place du Tertre dans l’après-midi, le samedi comme le dimanche, quelle que soit la saison, qu’il pleuve à verse ou qu’il règne un soleil de plomb. J’aime traîner au milieu des peintres qui me saluent amicalement. Depuis le temps (si longtemps...) que je viens ici, tous me reconnaissent, me font un signe de tête. Aucun ne me parle, ils me sourient et cela me suffit. Sans doute ne suis-je pour eux que cette étrange dame qui vient tous les week-ends se promener parmi les badauds. Peut-être leur fais-je un peu peur ?
Moi, je m’amuse du ballet des touristes, surtout ceux qui se font faire un portrait, ou pire, une caricature grotesque qu’ils payent une fortune. Puis je redescends par la rue Lepic et je prends le boulevard de Pigalle. Je reconnais chacun des rabatteurs qui tentent d’attirer dans son établissement les visiteurs naïfs ou les pauvres types en goguette. Je compte les vieilles putes qui semblent endurer l’ennui de leur sort encore plus que moi. Depuis le temps, à force de les entendre s’interpeller, j’ai retenu leurs prénoms. Pas sûr, en revanche, qu’elles aient jamais vraiment remarqué la femme sans âge qui passe chaque dimanche à leur hauteur.
Cette femme sans âge, c’est moi, transparente, anonyme. Voilà ce que je suis devenue. Rien. 
Même pas un fantôme. Un fantôme, on finit toujours par le voir. Moi je ne suis rien, depuis une éternité, et cela m’indiffère. Mieux, cela me convient tout à fait.
 Une fois de retour chez moi, vers dix-huit heures, je tire les rideaux, et j’attends, allongée sur mon canapé couvert de toile grise, l’heure du dîner. Le week-end c’est un plat surgelé, qui me fait les deux jours. Ensuite, je lis un peu, puis je vais au lit, à vingt-deux heures précises. Je n’ai même pas besoin de regarder ma montre. Cette vieille montre, qui me vient de ma mère décédée il y a dix-neuf ans. Je la lui avais enlevée en cachette de mes deux frères, je l’avais prise à son poignet avant qu’on ne referme le cercueil. Ils prétendaient qu’elle voulait être enterrée avec.
Mes frères ? Pierre, l’aîné, est mort dans son sommeil, d’une crise cardiaque. Sa veuve m’a raconté comment elle l’a découvert, encore chaud, à son réveil. Je ne suis pas allée à ses funérailles. Pourtant je l’aimais bien, celui-là, davantage que Philippe et Serge, mes cadets. Mais cela aurait été trop dur. Pas de voir son cadavre, non, ce que je ne voulais pas, c’était les revoir eux. Cette famille, mon père, mes deux frères, leurs femmes, et leur ribambelle de gamins bruyants.
Je ne voulais pas subir leurs questions. « Alors, qu’est-ce que tu deviens, depuis tout ce temps ? » Supporter leurs regards, sentir qu’ils pensaient à ma vie foutue. Je ne voulais pas supporter leur pitié.
Je n’en veux plus. Voilà pourquoi j’ai coupé les ponts avec eux depuis si longtemps.
J’ai des nouvelles de loin en loin. Les mariages, les naissances, leur parcours à chacun loin de Paris, dans des provinces où je ne vais jamais en dépit de leurs nombreuses invitations.
Ils m’ont pourtant beaucoup aidée à l’époque. Soutenue fidèlement, quand j’en avais tant besoin. Je ne peux rien leur reprocher. Mais je veux continuer à survivre loin d’eux. Continuer à n’être rien.
 
Les gouttes qui se resserrent m’obligent à m’arrêter sous un porche, le temps d’ouvrir mon petit parapluie noir.
Je marche plus vite, impatiente à présent de me mettre à l’abri chez moi.
Curieuse de regarder l’orage s’abattre sur la ville, je resterai penchée à ma fenêtre.
 
Je suis indifférente aux gens qui pressent le pas autour de moi et qui me frôlent. Quelqu’un me bouscule en me dépassant. Si énergiquement que mon parapluie m’échappe des mains. La personne se retourne. C’est une jeune femme blonde. Elle a l’air désolé. Je l’entends s’excuser en ramassant mon parapluie, que le vent emporte déjà.
Elle répète dans un sourire amical, si beau : « Excusez-moi, madame. Ça va ? »
Je reste muette, incapable de lui répondre. Interdite, immobile, je ne peux que la regarder fixement, tandis qu’elle s’approche de moi. Elle examine le parapluie avant de me le rendre : « Il n’est pas cassé », constate-t-elle.
Elle lève les yeux vers moi, un peu inquiète de mon silence : « Je ne vous ai pas fait mal, ça va ?
– Oui, oui. » C’est tout ce que je parviens enfin à articuler. 
« Bien, j’y vais alors ? » demande-t-elle.

Elle rajuste son imperméable et s’éloigne déjà.

Que lui dire ? Que je sais que c’est elle ? Que je l’ai reconnue ?
Que, sans aucun doute possible, elle, cette jeune femme, est ma fille. Celle qui m’a été enlevée il y a vingt-deux ans.
 
Elle avait deux ans et dix mois. Elle allait avoir trois ans.
 
Je suis toujours figée, comme tétanisée, tandis que sa chevelure blonde plaquée par la pluie disparaît à l’angle de l’avenue Trudaine.
Subitement, je réalise que je ne peux pas la laisser partir ainsi. Je ne peux pas la perdre à nouveau.
Je marche, je cours pour la rattraper. Il faut qu’elle sache !
Arrivée rue des Martyrs, je la cherche dans la foule désordonnée, pressée d’échapper à la pluie. Moi, la pluie, je m’en moque. Je l’aperçois enfin à l’angle de la rue de Navarin. Je me retiens de hurler. « Hortense ! »
 
 
Déposition de M. Serge Delalande, né le 8 février 1971, courtier en assurance à Vitré, 35506, le 27 juin 2015. Extrait du procès-verbal.
[...] Sophie est mon aînée de sept ans. J’ai le souvenir d’une grande sœur attentive qui aimait s’occuper de moi, j’étais le petit dernier. Elle était enjouée et gentille, en revanche, elle n’a jamais été très jolie, un peu grosse. Ça la complexait je crois, elle s’est beaucoup refermée au moment de son adolescence. Elle est devenue silencieuse, souvent agressive. Elle avait peu d’amies, elle subissait des moqueries à l’école et la maison était son refuge même si, à l’époque, elle se heurtait fréquemment avec notre mère. [...] La vie avec elle est devenue assez pénible et je dois dire que son départ de la maison, pour aller étudier à Rennes, a soulagé tout le monde. Après ça, elle est partie à Paris et nous ne la voyions plus que rarement. [...]
La naissance de sa fille l’avait transfigurée. Elle s’était à nouveau rapprochée de la famille. Elle était tellement fière d’être maman, on avait l’impression qu’elle n’en revenait pas elle-même de cette chance. Elle affirmait qu’elle se moquait que le père les ait abandonnées, elle et Hortense. Elle ne vivait que pour sa fille. De façon trop exclusive, sans doute, mais la voir si heureuse était une grande joie pour nous. On pourrait difficile- ment imaginer aimer plus un enfant. Elle la gâtait énormément, passait tout son temps avec elle. Vraiment, ma sœur ne vivait que pour Hortense.
C’était une petite ravissante, toujours souriante, très épanouie, j’insiste. Toute la famille l’adorait. Mes parents étaient gâteux devant leur petite fille, et je me souviens qu’ils bataillaient régulièrement avec Sophie pour obtenir de la garder de temps en temps. [...]
Quand elle l’a perdue, ça a été un choc terrible pour nous tous. Nous l’avons soutenue du mieux que nous pouvions. Mais elle s’est détachée de nous petit à petit. Comme si elle refusait notre aide, il m’est impossible d’expliquer pourquoi. Notre mère a longtemps essayé de l’aider et de la raisonner, mais en pure perte. Ça l’a désespérée, et mon père a toujours dit que l’éloignement de Sophie l’a tuée à petit feu. [...]
Quant à moi, il y a des années que je n’ai pas revu ma sœur, ni eu de ses nouvelles. [...]
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2 
« SOPHIE »
Je venais de coucher Hortense. Ma fille allait avoir trois ans dans un peu moins de deux mois. J’étais impatiente, presque autant qu’elle. Ensemble, chaque soir nous comptions les jours. Plus que cinquante-sept !
Son anniversaire était une telle joie, et une si belle occasion de la couvrir de cadeaux que, depuis sa naissance, je le fêtais deux fois par an. Tous les six mois ! Je sais, ça peut sembler incongru ou exagéré, mais j’avais tant besoin de montrer mon amour à mon enfant chérie !
Comme de coutume, nous serions seules, toutes les deux, pour cette occasion.
Mais franchement, de qui aurions-nous pu avoir besoin pour être parfaitement heureuses et profiter au maximum de cette journée ?
De personne.
 
Cette fois encore, elle allait être gâtée. J’avais déjà acheté ses cadeaux : des albums illustrés, choisis à l’École des Loisirs, un adorable chemisier à fleurs multicolores, un serre-tête rose qui irait si bien avec ses cheveux blonds tout bouclés. C’était déjà une vraie petite coquette. Mais surtout, la veille, avant d’aller la chercher à la crèche, je lui avais acheté une nouvelle Barbie. La Barbie hawaïenne. La cinquième, qui viendrait rejoindre les autres, sagement alignées sur l’étagère au-dessus de son petit lit. Chaque soir, nous en choisissions une pour dormir avec elle et son ourson.
Je me souviens qu’au début, j’avais hésité à lui en acheter. En bonne fille d’enseignants, qui m’avaient transmis leurs convictions de gauche solidement ancrées, j’avais des scrupules à entraîner ma fillette dans ce merchandising. Mais j’avais fini par céder, moi qui lui avais si souvent répété qu’il y avait plein d’autres poupées que les Barbie, tentais de l’en détourner en lui montrant des jolis baigneurs, des jouets en bois, des puzzles que je trouvais plus adaptés à son âge. Mais elle avait déjà tant de caractère (elle n’avait pas beaucoup plus d’un an pourtant, mais elle gazouillait déjà, elle était si vive)... À voir pétiller ses yeux chaque fois qu’elle les regardait dans la vitrine des magasins de jouets, je n’avais pas eu le cœur de lui refuser ce plaisir. Quelle maman j’ai été : un jour, il m’est arrivé de lui en acheter deux d’un coup ! Pour le seul plaisir de la gâter...
Comme elle, j’aurais voulu avoir une de ces poupées mannequins si jolies quand j’étais petite. Mais mes parents étaient inflexibles. « Pas de ces merdes américaines », avait décrété mon père. Je n’avais jamais joué avec des Barbie, enfant, et je me suis bien rattrapée avec mon Hortense. Cela avait été un tel bonheur, la fois où elle avait découvert la Barbie Princesse posée sur son lit. Elle répétait « merci mama chérie » et « je t’aime, je t’aime, je t’aime», tandis qu’elle la sortait de sa boîte.
 
Deux mois avant, j’avais déjà tout planifié pour cette belle journée, et posé un jour de congé pour l’occasion! Je lui donnerais ses cadeaux à son réveil. Elle les ouvrirait un par un, en terminant par la Barbie. Ensuite, elle voudrait que l’on joue avec sa nouvelle poupée, et les vêtements et la voiture décapotable qui allaient. Nous irions déjeuner au McDonald’s sur le boulevard, puis nous reviendrions souffler ses trois bougies sur un beau gâteau meringué à la fraise. Après quoi ce serait l’heure de la sieste, et je lui lirai un de ses nouveaux livres pour l’endormir.
 
Il était environ 22 heures sur la grosse horloge de la cuisine. Je me souviens avoir vérifié sur le calendrier des Postes de la cuisine le nombre de jours qui nous séparaient de son anniversaire. Mon calcul était exact : cinquante-sept jours, et trois heures...
Pour notre malheur, les choses ne se sont pas déroulées comme je l’avais rêvé... Et la Barbie hawaïenne que j’avais achetée est restée dans sa boîte. Vingt-deux ans plus tard elle y est toujours. Je ne l’ai jamais ouverte.
 
Avant de reprendre mon livre (Illusions perdues, d’Honoré de Balzac, comment l’oublier ?), j’étais allée m’assurer qu’elle s’était bien endormie. Elle suçait la patte de son nounours. Ce soir, pour l’accompagner dans sa nuit, elle avait choisi sa Barbie cavalière. J’avais caressé ses beaux cheveux blonds, déposé un baiser sur sa joue et, avant de refermer doucement la porte de sa chambre, mon regard s’était arrêté, comme tous les soirs, sur le cadre au-dessus de son lit : une composition au point de croix, dessinant son beau prénom. Je l’avais brodée moi-même pour ses un an, cela m’avait pris près d’un mois.
L’esprit tranquille, j’étais plongée dans mon livre, quand j’ai entendu frapper un coup bref à la porte d’entrée. J’ai enfilé mes chaussons, rajusté ma robe de chambre et suis allée ouvrir.
 
Aujourd’hui encore je ne parviens pas à comprendre que j’ai pu commettre une telle erreur. Une erreur fatale. Pourquoi n’ai- je pas regardé par l’œilleton, pourquoi n’ai-je pas demandé qui était là, à cette heure tardive ?
Si j’avais eu cette simple prudence, rien ne serait arrivé. Jamais il ne serait entré. Je lui aurais hurlé de s’en aller, je l’aurais menacé d’appeler la police, et il n’aurait probablement pas insisté.
Mais j’ai ouvert, sans réfléchir, et les choses se sont passées si vite qu’il m’a été impossible de réagir.
Le palier était plongé dans le noir. Lorsque j’ai entrevu sa silhouette dans la pénombre, il était trop tard. J’ai voulu refermer la porte mais il m’a repoussée violemment. Le cadre qui trônait dans l’entrée, avec la photo d’Hortense, s’est fracassé au sol, en m’entaillant le pied. En luttant pour l’empêcher d’entrer, j’ai glissé et des morceaux de verre se sont plantés dans mon mollet et mon pied droits.
 
Lorsque, beaucoup plus tard, on m’a emmenée à l’hôpital, j’étais dans un état d’angoisse insoutenable. On m’a fait une piqûre, une dose de calmants je suppose. Je ne voulais pas de points de suture. Je voulais garder mes blessures ouvertes, à vif comme ma douleur, et comme une preuve de sa violence. Vingt-deux ans plus tard, j’en conserve encore les stigmates.
Avec le temps, j’ai fini par ne plus leur prêter attention. Mais je continue, machinalement, à promener mon index sur le petit renflement des chairs meurtries.
 
Il a forcé le passage en me bousculant avec une telle force que ma tête est allée heurter le mur. J’ai perdu connaissance et lorsque je suis revenue à moi, je ne sais combien de temps après, il me faisait face. Mais ce n’est pas lui que j’ai vu en premier : c’est ma petite fille endormie qu’il tenait contre sa poitrine. Elle tétait son nounours, les yeux clos, comme indifférente à ce qui était en train de se passer.
Moi, j’avais aussitôt compris ce qu’il s’apprêtait à faire.
J’ai voulu hurler, mais j’étais bâillonnée. J’ai voulu me lever, mais j’étais emprisonnée sur une chaise de la cuisine avec du gros ruban adhésif, qui m’empêchait de bouger.
Il me narguait, avec un sourire de satisfaction. Puis il a dit à voix basse, en caressant les boucles dorées d’Hortense : « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. Elle ne saura jamais que sa mère existe. Rassure-toi : je n’ai pas l’intention de mourir avec elle. Au contraire, nous allons vivre. C’est ma fille. Tu as voulu la garder pour toi seule, me rayer de sa vie. Désormais, c’est toi qui n’existeras plus pour elle. Là où nous allons, tu ne nous retrouveras jamais. »
 
Il est sorti, Hortense toujours endormie dans ses bras. Je me souviens encore du bruit léger de la porte qui se refermait derrière eux.
Aussitôt, j’ai rassemblé toute mon énergie et réussi à faire basculer la chaise à terre. Malgré la douleur du verre qui s’enfonçait dans mon pied et mon mollet, j’ai frappé de toutes mes forces sur le plancher. Chaque coup m’arrachait des larmes et des cris qui restaient prisonniers de mon bâillon. Enfin, après des minutes qui m’ont semblé une éternité, j’ai vu arriver les voisins de l’appartement en dessous. Ils m’ont délivrée et ont appelé la police.
J’ai regardé l’horloge. Une demi-heure avait déjà passé depuis qu’il avait forcé ma porte. Éperdue de douleur et d’inquiétude, je me suis évanouie à nouveau.
Aux policiers, j’ai dit qu’il s’appelait Sylvain Dufayet. Que cet homme avait enlevé ma fille.
 
Sylvain Dufayet. Le seul homme qui ait jamais compté dans ma vie. Je n’étais pas vierge quand je m’étais donnée à lui, mais j’en avais eu le sentiment.
J’étais follement amoureuse, pour la première fois de mon existence. Chaque fois que j’y repense, je n’en reviens toujours pas d’avoir été aussi sotte. Comment ai-je pu croire à toutes ses sornettes ?
 


1993 : Sophie Delalande est folle d’amour pour sa fille Hortense, presque trois ans, qu’elle l'élève seule. Celle-ci lui permet d’oublier les rapports difficiles qu’elle entretient avec le père de cette dernière, Sylvain, un homme violent qui l’a abandonnée alors qu’elle était enceinte et à qui elle refuse le droit de visite. Un jour, pourtant, Sylvain fait irruption chez elle et lui enlève Hortense. « Regarde-la. Nous allons disparaître et tu ne la reverras plus. »
 
 
2015 : après des années de recherches vaines, Sophie ne s’est jamais remise de la disparition d’Hortense. Fonctionnaire au ministère de l’Éducation, elle mène une existence morne et très solitaire. Jusqu’au soir où une jeune femme blonde la bouscule dans la rue. Sophie en est sûre, c’est sa fille, c’est Hortense. Elle la suit, l’observe sans relâche. Sans rien lui dire de leur lien de parenté, elle sympathise avec la jeune femme, prénommée Emmanuelle, tente d’en savoir plus sur elle. La relation qui se noue alors va vite devenir l’objet de bien des mystères. Sophie ne serait-elle pas la proie d’un délire psychotique qui lui fait prendre cette inconnue pour sa fille ? Et la jeune femme est-elle aussi innocente qu'elle le paraît ? 

Mon avis

 
C'est un livre que j'ai vraiment adoré! Et pour dire, je l'ai dévoré en moins de 2 jours!
On est vraiment embarqué dans cette histoire, du début à la fin. On a du mal à le lâcher.
On se met à la place de la pauvre Sophie, à qui sa fille a été arrachée. Mais pendant tout le livre, on doute, on hésite... Jacques Expert est vraiment fort pour ça ! On se demande où est le réel, Sophie invente-t-elle tout? Et pourquoi Emmanuelle (ou Hortense^^) se lierait d'amitié avec une femme un peu bizarre et plus âgée...
Un grand suspens jusque dans les dernières pages, avec une fin vraiment inattendue, du grand Jacques Expert :)
 

Vous aimerez aussi :

 
En grande fan de cet auteur, j'ai lu tous ces livres, en voici quelques un que je vous conseille également :
 
 


Juste une ombre, de Karine GIEBEL



Juste une ombre - Karine Giebel


Karine Giebel

 
Karine Giebel est une auteure française originaire du Var. Bon j'avoue je n'ai pas trouvé grand chose sur sa vie sur internet, mais à vrai dire, peu importe!
C'est LA meilleure dans son domaine (enfin pour moi) alors il ne faut pas passer à côté !
Son tout premier roman, Terminus Elicius, a reçu en 2005 le prix marseillais du polar. Et elle a ensuite enchaîné les succès et les prix.
 
 

Juste une ombre, la quatrième de couverture:

 
D’abord, c’est une silhouette, un soir, dans la rue… Un face-à-face avec la mort.
Ensuite, c’est une présence. Le jour : à tous les carrefours. La nuit : à ton chevet. Impossible à saisir, à expliquer, à prouver.
Bientôt, une obsession. Qui ruine ta carrière, te sépare de tes amis, de ton amant. Te rend folle. Et seule.
Juste une ombre. Qui s’étend sur ta vie et s’en empare à jamais.
Tu lui appartiens, il est déjà trop tard…
 
 

Mon avis

 
Il faut savoir que "Juste une ombre" est le tout premier livre de Karine Giebel que j'ai lu. La semaine d'après j'achetais tous les autres livres sortis avant celui-ci...
C'est dire à quel point j'ai aimé!
Elle a un style vraiment unique, elle arrive à nous faire nous attacher à des personnages parfaitement détestables. Le suspens monte du début à la fin, on ne peut pas décrocher!
 
Dans "Juste une ombre" on fait connaissance avec Cloé, une femme d'affaire à qui tout semble réussir. Un soir elle croise une ombre... Et puis à partir de là cette ombre la suit partout, et c'est le début du cauchemar pour elle. Personne ne la croit, ni ses amis, ni les flics. Est-ce qu'elle devient folle? Qui est cette ombre (si elle existe)? Je ne peux pas en dire plus, il faut le lire :)
Un polar psychologique comme je les aime !

Pour ce roman Karine Giebel a reçu le prix
Polar Francophone 2012 du Festival Polar de Cognac :)
 

Vous aimerez aussi :

 
Évidemment vous vous doutez que j'ai tout lu de Karine Giebel :) Parmi ses livres, d'autres m'ont particulièrement marqué (par leur violence et leur noirceur - attention il faut avoir le cœur bien accroché hihi), ce sont mes préférés :
 
 
Mais il y a aussi :
 
De Force
(même si tous ses autres livres sont top aussi^^)
 
 
 

Alex, de Pierre LEMAITRE

 
Alex - Pierre Lemaître


Pierre Lemaître

 
Pierre Lemaître est un auteur français né à Paris. Il est psychologue de formation, et a notamment enseigné la littérature à des adultes avant de se consacrer totalement à l'écriture.
Ses trois premiers romans lui ont valu des prix et ont eu un énorme succès. Ses romans sont traduits dans une vingtaine de langue, et il a même obtenue le prix Goncourt en 2013 avec "Au-revoir là-haut" (qui sera prochainement adapté au cinéma par Albert Dupontel - oui oui rien que ça !!!).
 
 

Alex, la quatrième de couverture :

 
Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante. Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée et livrée à l'inimaginable ? Mais quand le commissaire Verhoeven découvre enfin sa prison, Alex a disparu. Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne. Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve le talent de l'auteur de Robe de marié.

 

Mon avis

 
Avant de vous en dire plus il faut savoir que ce titre fait partie d'une trilogie, c'est le volet numéro 2. C'est mon préféré des trois, et il peut se lire sans avoir lu le précédent (évidemment je vous conseille tout de même de le lire, mais sachez que vous ne serez pas perdus dans le cas contraire^^).
 
Dans cette trilogie on suit l'inspecteur Camille Verhoeven à travers trois enquêtes.
Dans le second volet, Alex, une jeune femme belle, attirante mais aussi insaisissable... Elle se fait enlever dans la rue. Son bourreau va alors la frapper et la séquestrer pendant des jours avec un seul but : la regarder mourir. Alex va tout faire pour survivre et tenter de s'en sortir. Lorsque l'inspecteur trouve enfin le lieu de sa séquestration, il n'y a plus personne... Alex a réussi à s'échapper, mais bizarrement elle ne va pas contacter la police. 
Avec ce thriller Pierre Lemaître signe pour moi son meilleur roman, un thriller machiavélique jusqu'à la révélation finale.
 
Pour ce roman, Pierre Lemaître a obtenu le Prix des Lecteurs du Livre de poche 2012 (catégorie Polar).
 
 

Vous aimerez aussi

 
Évidemment je ne peux que vous conseiller les volets 1 et 3 de la trilogie Verhoven :
Travail soigné et Sacrifices (il y a aussi la partie 4 "Rosy and John", mais j'avoue que je ne l'ai pas encore lu hihi )




Ma Sélection de Polars

Voilà j'espère que cette première sélection de polar vous aura plu!
Vous lisez des polars? Vous connaissiez ces auteurs?


Ma Sélection de Polars

 
J'essaierai de vous prévoir plusieurs sélections pour cet été, n'hésitez pas à me dire en commentaire si ce genre d'article vous plaît.
 
A très vite pour un nouvel article,
 
Aurély

12 commentaires:

  1. Coucou toi!
    Super sélection de polars le premier m'intrigue beaucoup, je vais essayer de me le dégoter. Pour Juste une Ombre je comprends totalement puisque Karine Giebel est mon auteure préférée et le livre Alex attend sagement que je sois à jour pour le lire :-)
    Bisous
    s

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    1. Coucou! Tu verras le premier est génial ! J'adore Jacques Expert, il est top!!! Pour Karine Giebel on est bien d'accord hihi, c'est mon idole hihi

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  2. Coucou toi! Je manque vraiment de temps pour lire mais c'est exactement ce que j'aime lire. Cela permet de vraiment couper avec la réalité quotidienne. Bisousssssssss

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    1. Coucou ! C'est clair qu'il faut du temps pour lire, c'est pas toujours simple :) Gros bisous

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  3. Coucou ma belle !
    J'adore les thriller en film alors je suis sûre que je devrais adoré ce genre de livre ! Tu m'as donné envie de lire "Alex", j'adore tout ce qui est psychologique =). Merci pour cette petite sélection, j'aime beaucoup cette nouvelle catégorie !
    Gros bisous <3

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    1. Coucou ! Si tu aimes les thriller je suis sure que ça te plaira !!! Très bon choix, Alex est génial ! Je te conseille quand même de prendre d'abord le premier (Travail soigné), tu comprends mieix le personnage, même si ce n'est pas obligatoire :)

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  4. Comme je suis une fan absolue de Karine GIEBEL, je lirai les autres romans que tu présentes ; il y a des chances pour qu'ils me plaisent...

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    1. Coucou! Moi aussi je suis fan absolue hihi, d'ailleurs elle n'écrit pas assez vite à mon goût haha
      J'ai vraiment adoré les autres! J'espère qu'ils te plairont :)
      Bisous

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  5. Coucou !

    Contente de voir cette nouvelle catégorie, j'ai hâte de voir tous tes articles hihi
    J'ai moi aussi du mal à sortir d'une librairie les mains vides, bon je ne me soigne pas du tout.

    Le livre Hortense me tente énormément !!! Je n'ai jamais lu de livre de cet auteur mais la qu atrième de couverture donne bien envie.

    Tu m'avais conseillé Juste une ombre, je pense que ça sera mon prochain polar :)

    Je ne connaissais pas la trilogie Verhoven, je note, je note.

    En ce moment je dévore Malefico de Donato Carrisi ;-)

    Bisous !

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    1. coucou!
      Le livre Hortense est vraiment génial, j'ai adoré!! Je suis une grande fan de Jacques Expert, j'avais adoré "Adieu" aussi !
      Juste une ombre je pense que tu vas adorer! Karine Giebel est vraiment géniale :)
      Oh j'ai le Chuchoteur de Carrisi, il est dans ma PAL qui est blindée mdr!
      bisous

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  6. Hello copine, je viens rattraper mon retard :) je n'ai lu aucun de tes livres dans la sélection mais tu sais que j'adooooore les thrillers !
    Hortense est celui qui me tente le plus l'histoire a l'air top je comprends que tu l'ai fini aussi vite hihi gros bisous <3

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    1. coucou copine!
      si tu peux lis Hortense il est vraiment génial!!!
      Karine Giebel est ma préférée de tous, je te conseille vraiment d'en lire un, tu seras accro après!
      gros bisous

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